Ces deux évènements sont trop proches pour ne pas être mis en parallèle. D'ailleurs, il est fort possible que quelque chroniqueur de grand média se soit déjà adonné à cet exercice.
Hier, mardi 23 décembre, la cour d'appel de Paris, saisie par le parquet a refusé la remise en liberté de Julien Coupat, "leader présumé d'un groupe de l'ultra-gauche" comme on dit dans les torchons qui se contentent de recopier les dépêches policières. Ce "groupe" spectaculairement arrêté le mois dernier est visé dans une enquête sur des "attentats" contre les caténaires des TGV.
Aucune preuve n'existe contre lui et sa compagne qui sont les deux seuls individus encore accusés dans cette affaire. Aucune preuve mais seulement l'impression de plus en plus nette que l'Etat pour des raisons diverses cherche d'une part à s'acharner pour ne pas perdre la face comme il a déjà été dit et d'autre part à faire un exemple. On a parlé de criminalisation politique.
Car il s'agit bien d'une question politique. L'Etat policier, au mépris de la présomption d'innocence, au mépris des règles de détention provisoire, au mépris de la logique de l'instruction, s'acharne à faire rester Julien Coupat et sa compagne en prison. Derrière cela, c'est bien un procès de "l'ultra-gauche" concept fumeux inventé au ministère de l'intérieur que l'on souhaite faire; il s'agit bien de tracer dans l'opinion un fil rouge à l'adresse de tout mouvement de gauche dans ce contexte social tendu à ne pas dépasser. Il s'agit bien d'un procès pour délit d'opinion que justifient la découverte d'une certaine littérature et d'un mode de pensée par les flics, ni plus, ni moins. Il ne faut pas oublier que la Justice, pouvoir théoriquement indépendant selon les normes d'un Etat démocratique, est bien le bras armé de l'Etat policier.
Hier, mardi 23 décembre, on a appris que Jean-Charles Marchiani, ancien préfet du Var, ancien bras droit de Charles Pasqua, ancien espion, barbouze patenté, meneur des saloperies les plus immondes réalisées sous le sceau du secret d'Etat et au nom de la République française, dépositaire de toute une tradition d'affairisme et de barbouzerie de la Ve République, au centre des plus grosses affaires politico-affairistes de ces vingt dernières années, reconnu coupable de "trafic d'influence par personne dépositaire de l'autorité publique" allait bénéficier d'une grâce présidentielle accordée par le président Nicolas Sarkozy qui se souvient à cette occasion qu'il n'est rien d'autre qu'un héritier de Pasqua dans les Hauts-de-Seine où il a pris sa place. Lequel Pasqua fanfaronne dans les médias aujourd'hui prétendant avoir appuyé cette demande de grâce au nom, on est prié de ne pas s'éfouffer de dégoût, des services rendus à la France par Marchiani. La grâce présidentielle est une survivance monarchique, tradition comme il en existe des dizaines d'autres, qui fondent le caractère exceptionnel du régime "républicain" français lequel ne saurait s'envisager sans une bonne dose de présidentialisme. La grâce présidentielle témoigne du bon vouloir et de la clémence du Prince, au mépris de ce qui fonde, en théorie, les principes d'un régime démocratique, à savoir la séparation des trois pouvoirs parmi lesquels le pouvoir judiciaire et le pouvoir exécutif. Par Sarkozy plus encore que par ses prédécesseurs, la grâce présidentielle, pourtant dénoncée par le candidat Sarkozy, est une nouvelle façon de faire un bras d'honneur au peuple souverain. Je gracie qui je veux, je suis au pouvoir pour me servir, et servir mes fidèles.
Alors maintenant, entre le foie gras et le saumon, on se demande encore une fois si on vit réellement en démocratie...
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